>> Existe-t-il des aliments anti-cancer ?

Mis à jour : juil. 15

La minute des experts est alimentée cette semaine par Dr Dominic Cellier, médecin métabolisme-nutrition au Centre Léon Bérard de Lyon et membre du comité de programme de Good.


L’alimentation et son influence sur notre santé


Manger est une fonction indispensable pour l’être humain. Cependant c’est une des rares fonctions obligatoires de notre organisme, comme dormir, transpirer, respirer… pour laquelle, contrairement aux autres fonctions, nous avons une liberté de choix. L’être humain a beaucoup de difficultés à concilier l’obligation de manger et cette liberté de choix. Lorsque nous avons sommeil, nous dormons, lorsqu’on a chaud, nous transpirons, lorsque on a soif, nous buvons. En revanche concernant la nourriture, nous avons une grande liberté. On peut décider de nombreuses organisations alimentaires comme être végétarien, végétalien, fructivore, voire même décider de jeûner. C’est la conciliation entre cette liberté et le besoin de se nourrir qui peut être complexe.


Au cours de sa vie on peut commettre de nombreuses erreurs alimentaires qui ont des impacts sur la santé. Ces erreurs peuvent être de 3 types :

  1. Les erreurs liées à notre mode de vie. On vit trop rapidement, on n’a pas le temps et donc on ne se consacre pas un temps suffisant pour manger. L’idéal est de pouvoir manger en pleine conscience.

  2. L’influence de la surinformation et les incitations médiatiques peuvent pousser à une surconsommation.

  3. On ne tient pas assez compte de notre identité et de nos propres besoins. Les modifications et l’impact de la nourriture sur notre corps se faisant de manière très insidieuses au fil du vieillissement, c’est souvent tardivement que l’on repense la nourriture au détour d’une maladie.


L’alimentation, un facteur essentiel dans la lutte contre le cancer


L’alimentation fait partie intégrante des éléments à prendre en charge pour soit aider à prévenir, soit à favoriser les traitements contre le cancer. Il y a 3 temps de prévention en alimentation :


Avant la maladie


Si nous mangions tous de manière idéale, il n’y aurait pas ou peu de surpoids, pas de déséquilibre métabolique et on limiterait ainsi, pour certains types de cancers, l’incidence de ceux-ci. En effet, il existe un lien entre surpoids, obésité et cancer.

La malnutrition secondaire à une nutrition de mauvaise qualité ou bien la surnutrition entrainent également souvent une prise de poids. La masse grasse ou les tissus adipeux induisent des processus inflammatoires. Dans le cadre d’une mauvaise nutrition, ces cellules adipeuses / grasses s’immiscent dans l’organisme, augmentant la prise de poids et accentuent les facteurs de risques pour certains types de cancer. En particulier chez la femme ménopausée pour qui l’alimentation a un impact important face au cancer du sein.


Pendant la maladie


Lors des différents traitements contre le cancer : chimiothérapie, radiothérapie, chirurgie, hormonothérapie, immunothérapie… on se rend compte que l’optimisation de l’alimentation met le patient dans de meilleurs dispositions pour l’acceptation des traitements. Une meilleure alimentation permet de minimiser les effets délétères ou indésirables comme par exemple nausées, fatigue…

Avant une chimiothérapie, on peut suggérer une alimentation plus « légère », moins consommatrice pour son assimilation, de manière à garder cette énergie pour la phase de traitement. Il y a certains bénéfices, dans le cadre d’un traitement, d’adapter sa nourriture au profit d’une alimentation diminuant les apports de produits gras, transformés, trop roboratifs. Les jeûnes et régimes cétogènes sont à envisager avec une très grande prudence.


Après la maladie


Une fois les phases de traitements passées, en rémission ou guérison… l’attention portée à son alimentation est essentielle. Par exemple, dans le cadre d’une reconstruction mammaire suite à un cancer du sein, une femme placée sous hormonothérapie a plutôt un intérêt à adapter ses habitudes alimentaires, car une prise de poids est souvent observée. La prise de poids a plusieurs impacts : physique, image de soi. L’augmentation de la masse grasse donc des processus inflammatoires peut contribuer à des récidives. Par ailleurs lors de chirurgies réparatrices, la limitation de masse grasse favorise le résultat opératoire. D’une façon générale, une prise de poids excessive augmente les facteurs de comorbidités, diabète, hypertension… ce qui aggrave l’état général.


Peut-on dire qu’il existe des aliments anti cancer ?


La réponse est NON.


En revanche il existe des familles d’aliments qui ont des propriétés anti-oxydantes, protectrices qu’il est préférable de manger afin d’optimiser la qualité de notre alimentation, ce qui aura un impact sur nos défenses immunitaires.


Une alimentation favorisant les fruits, les légumes, le poisson, la viande (mais pas trop) et la réduction de viande rouge permet de créer des conditions favorables au bien-être de notre organisme.


L’aliment anti-cancer serait :

  • Un aliment à consommer le plus brut possible, sans transformation, de manière à avoir une adéquation entre l’aliment qu’on achète et l’aliment qu’on mange. De ce fait l’aliment non transformé est moins pollué par divers édulcorants, conservateurs ou transformations qui ont des effets délétères sur l’organisme.

  • Un aliment que l’on peut cuisinier qui permet de visualiser la réalité de ce que l’on mange dans son assiette.

  • Un aliment dont on maîtrise la quantité et la traçabilité. La consommation alimentaire doit être en adéquation avec nos besoins. Il convient de respecter l’équilibre apports et dépenses.

  • Un aliment dont on respecte la saisonnalité pour lequel on favorise les circuits les plus courts possibles.

  • Un aliment ne doit pas être cuisiné trop longtemps à l’avance au risque de perdre de ses propriétés initiales. On doit prendre par ailleurs en considération la conservation de celui-ci.

Même s’il n’y a effectivement pas d’aliments anti cancer, on peut avoir une alimentation qui nous protège.


Bien manger pour protéger sa santé, est-ce facile ?


Les personnes assimilent souvent le fait du bien manger avec la difficulté de cuisiner, et le manque de temps pour cuisinier. Ce n’est pas totalement vrai. On peut manger des plats simples avec l’ajout d’épices ou des aromates. On peut cuisiner très simple et très rapide. Il faut néanmoins avoir anticiper le processus d’achat et la préparation de ce que l’on va manger. Il faut privilégier les goûts et les saveurs et savoir globaliser l’ensemble des familles alimentaires sur une consommation journalière.


En résumé, dans les étapes du bien manger, de l’alimentation qui nous protège et qui rejoignent cette notion d’alimentation anti cancer, la première des choses est la réflexion sur ce que l’on souhaite manger. Ensuite c’est le choix des aliments les plus proches possibles d’aliments peu transformés, en phase avec la saisonnalité, en circuits courts. Il convient de ne pas minimiser l’impact de la préparation des aliments lors des étapes de lavage, épluchage, cuisson et conservation.


Toutes les familles alimentaires que l’on peut manger ont des effets bénéfiques. Parfois ces bénéfices sont purement qualitatifs, comme par exemple les vitamines dans les fruits, mais cela peut être aussi un bénéfice gustatif favorisant le plaisir, comme un gâteau.


C’est l’harmonie entre le plaisir et l’équilibre qui fera qu’on aura une alimentation compatible sur le quotidien et sur le long terme.


Le plaisir c’est savoir dire OUI (je dis oui à 1 carré de chocolat) et l’équilibre alimentaire c’est accepté de dire NON (non je ne mange pas 3 carrés de chocolat).

On est condamné à manger, autant apprendre à bien manger !


POUR EN SAVOIR PLUS

Rendez-vous VENDREDI 16 JUILLET

pour le neuvième épisode de "LA MINUTE DES EXPERTS"

avec le Professeur Jean-Michel Lecerf, Chef de service de l'Institut Pasteur.


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